10 Décembre : Le Noël solitaire de Diane Arbus

Du 1er au 24 décembre, Deuxième Temps vous accompagne jusqu’à Noël !

Chaque jour, ouvrez une nouvelle case de notre tout premier calendrier de l’avent et découvrez une œuvre en lien avec cette période festive.

Aujourd’hui, Deuxième Temps vous propose un portrait des fêtes de Noël signé Diane Arbus.


Diane Arbus. Xmas tree in Living Room, Levittown L.I. 1963. Argentique. ©The Estate of Diane Arbus

Si les clichés de Diane Arbus ont marqué l’histoire de la photographie, c’est incontestablement parce que les images capturées ont permis de représenter l’Amérique d’après-guerre dans toute sa singularité.

En effet, la grande curiosité de Diane Arbus pour la société fut sans doute sa plus grande source d’inspiration. À 18 ans, c’est aux côtés de son époux que l’artiste américaine débute sa carrière de photographe, tenant un studio photo à succès pendant une décennie à partir des années 1940.

En 1956, Diane Arbus s’émancipe et commence à explorer des sujets de son propre choix. Autodidacte, celle-ci ne tarda pas à étudier le travail de ses pairs et trouva, dans l’œuvre de Weegee, William Klein, Walker Evans ou encore Lisette Model, une vision du monde sans compromis.

Dès lors, Diane Arbus développa une méthode de travail et un style proche de la critique du portrait photographique traditionnel.

Fascinée par les relations entre le psychologique et le physique, l’artiste acquiert sa renommée grâce à sa capacité à sonder ses sujets avec la caméra pour susciter une réponse physique. Sa remarquable intelligence sensorielle, émotionnelle, intellectuelle et esthétique lui permet alors de saisir avec une incroyable justesse ce « petit quelque chose » qui rend une personne unique et, par extension, de dresser un portrait allégorique de la société américaine.

Avant 1962, Diane Arbus travaillait principalement avec un appareil photo Nikon 35 mm. Ses images à cette époque étaient souvent des gestes, avec des images granuleuses et des sujets fréquemment représentés en mouvement.

A partir de 1962, l’artiste choisit d’utiliser un Rolleiflex moyen format à double objectif de 2 ¼ pouces (plus tard un Mamiyaflex), qu’elle utilisait avec un flash et qui, une fois imprimées plein cadre, donnait aux photographies un format carré. Délibérément simplistes, les clichés pris sont pourtant trompeurs : Sur le plan de la composition, ils sont souvent maîtrisés avec des répétitions de formes et des détails minutieusement observés comme c’est le cas avec Xmas tree in Living Room, Levittown L.I. (Arbre de Noël dans un salon à Levittown).

Bien qu’inhabituel de par son absence de personnes, l’image reste pourtant fidèle au style de l’artiste dans sa capacité à capturer, même dans des objets inertes, la moindre trace d’humanité.

Ici, la place de l’humain au sein d’une société prônant le consumérisme est clairement évoqué : la profusion de cadeaux déposés au pied du sapin témoigne, en effet, de cette frénésie d’achat qui s’empare des américains. Ces-derniers font écho à l’abat-jour, toujours enveloppé dans son plastique d’origine, symbole de cette production de masse et de ce désir de nouveauté qui pousse à l’achat compulsif dans les années 1960.

Par ailleurs, notons que ce salon se trouve à Levittown, une banlieue de Long Island qui doit son nom à une entreprise de construction qui, dans cette ruée vers la nouveauté, a produit en série et rapidement construit des maisons après la guerre.

Mais en dépit de cette profusion, un sentiment de solitude et d’isolement se dégage, créant un paradoxe flagrant avec l’image popularisée de Noël et de ses rassemblements familiaux.

Ici, la seule personne présente est donc le photographe.

Le téléviseur éteint et la pièce vide d’enfants renforcent cette impression de solitude et d’isolement… Tant et si bien que l’atmosphère, anormalement pesante, contraste avec l’esprit de légèreté engendré par la fête. Le message est clair : sans personne avec qui partager ce moment, Noël ne serait rien d’autre qu’une fête consumériste, sans âme ni chaleur.

En ce sens, l’artiste prône un retour aux valeurs essentielles et interpelle le spectateur sur la nécessité de les préserver… à tout prix ?

Marion Spataro

Pour aller plus loin : Envie d’en savoir plus sur l’oeuvre de Diane Arbus ? Notre dossier consacré à l’artiste est fait pour vous ! Un décryptage signé Solène Longerey et consultable à l’adresse suivante : https://deuxieme-temps.com/2017/10/03/diane-arbus-photographe-etrange/

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