20 Octobre : Journée internationale des Cuisiniers

Engagées, solidaires, originales ou parfois… simplement loufoques, les journées mondiales ne cessent de nous étonner et de nous mobiliser en faveur des causes internationales les plus diverses.

Parmi elles, cette journée internationale dédiée aux Cuisiniers a de quoi nous surprendre lorsque l’on sait qu’elle fut originellement décrétée pour susciter la reconnaissance de la profession. Récemment popularisé par le succès des émissions de télé telles que Top Chef ou MasterChef, le métier de chef cuisinier semble effectivement connaître un engouement qui ne cesse de croitre.

Pourtant, nombreux ont été les artistes à s’intéresser aux cuisiniers et à leur savoir-faire ! Deuxième Temps vous le prouve en image avec une petite analyse du « Cuisinier », œuvre signée par le célèbre Giuseppe Arcimboldo (1527-1593).

Giuseppe Arcimboldo. Le Cuisinier. 1570. Huile sur panneau. 52,5 x 41 cm. collection privée, Stockholm

Peinte en 1570, Le cuisinier, d’Arcimboldo, est une huile sur bois appartenant au courant maniériste.

A première vue, l’œuvre représente un plat argenté, découvert par des mains, contenant toute sorte de rôtisseries ; le plat inférieur est couronné d’une tranche de citron, et sous le plat, on peut apercevoir des feuilles de chêne.

Néanmoins, en regardant le tableau plus attentivement, on s’aperçoit que celui-ci cache une autre image. En effet, une fois la peinture retournée, on peut apercevoir le portrait d’un personnage dissimulé au milieu de cet amas de viandes rôties. Une innovation qui, outre le fait de bouleverser les codes de la nature morte traditionnelle, marque le début d’une brillante carrière pour l’artiste.

Véritable « miroir inversé », cette œuvre s’illustre également par la subtilité de certains détails, lesquels permettent déjà à Giuseppe Arcimboldo d’établir un double portrait du chef cuisinier.

Aux premiers regards, ce personnage joufflu et « souriant » peut nous apparaître comme sympathique, renvoyant ainsi au stéréotype classique du cuisinier bouffon et bon-vivant, héritier de Bacchus.

Toutefois, le poulet représentant le nez de celui-ci semble former un bec d’aigle… Or, rappelons que la symbolique de cet oiseau renvoie généralement au pouvoir impérial, tout comme les feuilles de chênes. Par l’utilisation de ces deux symboles, le statut du cuisinier semble donc avoir été élevé à un rang bien supérieur à celui réservé, à l’époque, à sa catégorie socio-professionnelle.

Une revalorisation étonnante qui, à l’image de la technique employée, pourrait également dissimuler une critique acerbe à travers une allusion au livre XV des Métamorphoses lorsqu’Ovide dit de Pythagore : « Le premier, il fit un crime à l’homme de servir sur ses tables la chair des animaux », et il lui prête ces mots : « Et, quand vous vous mettrez sous la dent les membres de bœufs égorgés, sachez et comprenez que vous mangez vos laboureurs ». Dans le cas présent, non le laboureur mais l’égorgeur, selon la loi du talion.

Une hypothèse crédible lorsque l’on sait que la fréquentation d’Ovide était assidue de la part des maniéristes, notamment d’Arcimboldo.

Marion Spataro

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