J’ai testé l’art-thérapie

Depuis quelques années, la prise en charge des maladies mentales a beaucoup évolué. La médecine moderne cherche des solutions de mieux-être dans les techniques ancestrales : méditation, yoga, médiation artistique, dans le but de rétablir le lien corps-esprit. En France, l’art s’est invité sur le divan à partir des années 50. Depuis 1986, l’art-thérapie ou médiation artistique, est une discipline universitaire à part entière.

Mais comment l’art nous soigne-t-il?

Au fil du temps, la médecine s’est intéressée aux bienfaits de l’art sur certaines pathologies. Ainsi, aux 17ème et 18ème siècles, les médecins pensaient que la musique ré-équilibrait l’harmonie de l’esprit malade, tempérait les passions et permettait aux insomniaques de trouver un peu de repos. Au siècle suivant, les savants se sont intéressés aux talents artistiques des aliénés. En étudiant leurs productions artistiques, les médecins s’aperçurent qu’elles variaient en fonction du type de pathologie. Le décryptage des oeuvres avec l’établissement d’une grille psychiatrique par Jean-Martin Charcot (1825-1893) et ses disciples marqua un tournant dans l’histoire de l’art. A partir de ces travaux publiés entre 1887 et 1889, l’art se met au service de la médecine.

Dans le même temps, les artistes eux-mêmes s’interrogent sur l’art et son utilité. En 1916, le dadaïsme renverse les codes et s’affranchit de l’horreur de la guerre en proposant un art provocateur, léger et empreint d’humour. Plus tard, sous l’impulsion d’André Breton (1896-1966), le mouvement surréaliste approfondit le lien entre création artistique et expression de l’inconscient. En remettant en cause les valeurs et les constructions rationnelles, les artistes pensaient libérer leur créativité pour accéder à leur inconscient.

Cadavre exquis à la gouache sur papier noir daté du 10 janvier 1929. André Breton
Cadavre exquis à la gouache sur papier noir daté du 10 janvier 1929. André Breton, Frédéric Mégret, Suzanne Muzard, Georges Sadoul. Association André Breton

Les écrivains utilisaient l’hypnose, l’écriture automatique ou le jeu du cadavre exquis. Les peintres innovèrent en utilisant de nouveaux matériaux pour réaliser collages et frottages et de nouvelles techniques : association et interprétation des rêves ou fantasmes. Ce mouvement artistique se nourrit des travaux de Freud pour aborder les thèmes de l’amour, la femme, le désir, le rêve, le hasard et la folie.

De la peinture médicamenteuse

Le concept d’art-thérapie naquit en Grande-Bretagne en 1948 grâce au peintre Adrian Hill (1895-1977). Ce dernier, atteint de tuberculose, intégra le sanatorium de l’hôpital King Edward. Il décida de continuer à peindre pendant sa convalescence. Puis il organisa des ateliers de peinture pour les autres patients et rapidement les premiers bienfaits se firent ressentir. Les soldats blessés trouvèrent un moyen d’exprimer leur souffrance et de s’affranchir des traumatismes de guerre en commentant leur production. De nos jours, l’art-thérapie est utilisée dans de multiples cas. Chaque discipline peut apporter une solution aux difficultés auxquelles nous faisons face quotidiennement : stress, mauvaise concentration, difficultés à s’exprimer, rapport au corps défaillant. L’un des outils les plus connus est le mandala. Carl Gustav Jung (1875-1961) s’est intéressé à cette représentation fréquente dans de nombreuses cultures : l’attrape-rêve des amérindiens, la croix celtique, les rosaces des cathédrales catholiques, le mandala de sable des bouddhistes, le yantra des hindouistes. Jung le décrit comme la représentation symbolique des émotions. Le coloriage de ces formes complexes nous fait entrer dans un état méditatif propice à l’écoute de nos messages intérieurs. Notre humeur influence le choix des couleurs, le sens du coloriage, la présence ou l’absence de dégradés de couleur et peut amener chaque personne vers une meilleure connaissance d’elle-même.

Mandala de C.G. Jung, image du Livre Rouge. CGjung.net
Mandala de C.G. Jung, image du Livre Rouge. CGjung.net

Jung marqua également l’histoire de la psychanalyse avec ses travaux sur l’expression par le dessin. Il créait ses propres mandalas pour explorer les transformations psychiques qui s’opéraient en lui au fil des jours. Sous l’influence de Jung mais aussi de Mélanie Klein (1882 – 1960), Françoise Dolto (1908-1988) ou D.W. Winicott (1896-1971) le dessin est devenu un excellent moyen pour les professionnels d’établir le contact avec les enfants. A travers eux, ils expriment plus facilement leurs conflits inconscients ou des situations pour lesquelles le langage leur fait défaut.

Les bienfaits de l’art

Le modelage de la terre est un autre support utilisé par la psychologie. Il permet aux malades de se reconnecter avec leur corps et leur sensations charnelles. Le lien est très puissant sur le plan physique. La terre permet d’exprimer sans crainte des sentiments de colère, haine (taper), amour (malaxer, lisser) sans craindre les conséquences car la matière est indestructible, extrêmement sensible, transformable à l’infini, toujours disponible et enfin c’est une substance qui prend vie sous les doigts du créateur. Gisela Pankow (1914-1998) a travaillé sur les bienfaits de la pâte à modeler. Elle considérait que ce matériau malléable permettait aux individus de réparer leur rapport au corps, de se le réapproprier dans l’espace mais également dans le rapport à l’autre.

De son côté, la peinture parle à notre cerveau car elle mobilise les deux hémisphères : le droit pour la créativité, le gauche pour la logique. Ainsi, une toile détaillée activera notre cerveau conscient alors qu’une plus abstraite ou floue mobilisera notre centre émotionnel. Mais lors d’un atelier, le thérapeute conseillera plutôt de laisser le corps s’exprimer, de vivre ce moment créatif comme une danse. Ne plus penser à l’esthétique ou à la qualité artistique mais se concentrer sur le mouvement de la main, du bras pour ressentir sa motricité et reconnecter les zones du cerveau en lien avec cette capacité. Ce chemin vers le geste fait sauter les verrous du mental et permet d’accéder à une expression libre de la dualité qui nous habite. L’analyse permet au patient de prendre conscience de ses contradictions.

Si l’art-thérapie est un soin, nous ne pouvons pas dire que l’art soigne. La création artistique permet d’extérioriser, autrement qu’à travers la parole, les émotions enfouies. Cette expression de la souffrance par l’action du corps et non de l’esprit aide le patient à retrouver sa capacité d’agir, de décider, d’être en lien avec son corps et ainsi de renouer avec la vie. La question suivante est : sommes-nous tous des artistes ?

Céline Redon

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