Ces films inspirés de la peinture

Au moment de son invention, attribuée aux frères Auguste et Louis Lumière en 1895, le cinématographe ne représentait guère plus qu’une curiosité de baraque foraine.
En quelques années, grâce notamment à la rapidité des progrès techniques, il devint évident aux yeux de tous qu’avec le cinéma était né un formidable moyen de communication de masse. Aucune autre forme d’expression ne réussit autant à frapper l’imagination et à créer des émotions. C’est la raison pour laquelle on peut qualifier ce média d’art total : à l’image sont désormais associés le geste et la parole, attributs du théâtre, de même que la musique avec la bande sonore.

La peinture inspire le cadrage

Malgré ou grâce, à l’essor des progrès numériques et audiovisuels, les liens unissant le cinéma et la peinture subsistent jusqu’à devenir une source d’inspiration inépuisable pour l’une et l’autre des deux disciplines artistiques.
Dans les films historiques, ou quand le récit se situe à une époque révolue, les décorateurs, costumiers et cinéastes doivent reconstituer le plus fidèlement possible le milieu où se déroule l’action. Ces derniers recourent alors à des documents visuels tels que des photographies d’archives ou, le plus souvent, à la peinture. De même, certains réalisateurs s’inspirent des grands peintres pour déterminer leurs cadrages, la perspective dans leurs prises de vue, la position et les gestes des acteurs. C’est le cas notamment pour le film Barry Lyndon de Stanley Kubrick, 1975, dont la gestuelle de l’acteur principal fait clairement écho au tableau du peintre anglais William Hogarth, Le Mariage à la mode (1745, Londres, National Gallery).

Autre exemple, Pier Paolo Pasolini s’est inspiré de la fresque de Giotto, Le Jugement dernier, peinte en 1306 dans la chapelle des Scrovegni (Padoue), pour réaliser une scène de son film Le Décaméron (1971). Il recrée ainsi, avec ses acteurs et ses figurants, la vision médiévale du Paradis et de l’Enfer.

Références aux chefs d’œuvres

Omniprésente dans la culture cinématographique, la peinture est incontestablement une référence pour les cinéastes d’hier et d’aujourd’hui. Aussi, d’innombrables long-métrages proposent, de manière plus ou moins explicite, des clins d’œil aux plus grands chefs d’œuvres de l’histoire de l’art. L’affiche emblématique du film ET (1982) de Steven Spielberg fait ouvertement référence à l’œuvre de Michel-Ange en détournant le geste du Dieu créateur dans La création d’Adam, détail de la fresque du plafond de la chapelle Sixtine (1508-1512, Rome, Vatican).

Plus explicite encore, l’affiche du film de Woody Allen, Minuit à Paris (2011), reprend partiellement l’œuvre de Vincent Van Gogh, La nuit étoilée, peinte en 1889 et conservée au MoMa de New-York. Mais parfois, il peut s’agir d’une citation forte à la peinture, laquelle surgit à l’écran par l’intermédiaire d’une ingénieuse reconstitution d’œuvres picturales, d’imitations claires d’un style artistique ou de certains procédés visuels.

S’ils sont généralement voulus par les réalisateurs, ces rapprochements peuvent toutefois surgir de manière indirecte. C’est le cas du film de Lasse Hallström, L’Hypnotiseur (2013) qui reprend en deux plans (champ/contre champ), le tableau d’Andrew Wyeth, Christina’s World (1948).

 

La peinture, sujet du cinéma

Avec les biographies d’artistes, les cinéastes n’hésitent plus à plonger à travers les sources et les cheminements conduisant à l’œuvre. Le modèle et le sujet sont alors explorés voire superposés comme dans La jeune fille à la perle (2002) de Peter Webber. Ici, le visage et le jeu d’actrice de Scarlett Johansson sont filmés sous des éclairages proches de la peinture originale de Johannes Vermeer (1665), livrant ainsi un biopic aussi précis que touchant. Par ailleurs, la technologie moderne permet de mettre en lumière le travail des artistes peintres de l’époque, apportant au public de nouvelles clés de compréhension.

Si la peinture impressionniste et post-impressionniste ont très vite su trouver un écho dans le cinéma, La Passion Van Gogh, paru en 2017, est ainsi le premier long-métrage d’animation britannico-polonais réalisé uniquement par l’intermédiaire de toiles peintes à la main.  

Ainsi, bien que souvent opposés par la question du mouvement et du réalisme visuel, le 7ème et le 3ème art (la peinture) semblent toujours irrépressiblement liés l’un à l’autre. Et puisque cette union apporte incontestablement un regard neuf sur les chefs d’œuvres de notre patrimoine artistique, peut-être oserons nous, cinéphiles en herbe, proposer le statut de « peinture-cinéma » pour mettre un terme à ce débat passionné ?

Marion Spataro

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