De Stijl, une nouvelle vision du monde

En octobre 1917, Théo Van Doesburg et Piet Mondrian publient le premier numéro de la revue De Stijl (à Leyde, aux Pays-Bas). Le groupe De Stijl (littéralement « Le Style ») naît avec cette publication. Au travers de la revue et le groupe qui la représente, les pères fondateurs cherchent à promulguer l’idée d’une réforme de l’art, des modes de pensée, et de la société elle-même. « C’est à partir de l’idée De Stijl, que le mouvement De Stijl s’est peu à peu développé. » A l’occasion du centenaire de cette naissance, une explication est méritée.

image04
Vilmos Huszàr, Couverture de la revue De Stijl, vol. 1, n°1, octobre 1917. Typographie sur papier (© La Haye, Coll. Gemeentemuseum)

Vers une nouvelle plastique

Les artistes qui s’inscrivent dans le groupe De Stijl sont nombreux. Il s’agit premièrement de peintres (Piet Mondrian, Vilmos Huszar), bientôt rejoints par des architectes (Jan Wils et Robert van’t Hoff), des décorateurs, des sculpteurs, etc. Tous les arts sont mis à l’honneur, sans hiérarchisation aucune. C’est la notion même d’art qui évolue puisque l’on pense le tout dans son ensemble. Mondrian considère avant tout ses tableaux comme des objets, tout comme le fait Gerrit Rietveld avec ses meubles.

Tous ces artistes partagent la même esthétique abstraite. Leurs recherches expérimentent de nouvelles solutions artistiques et aboutissent à l’invention du néoplasticisme (terme issu de la traduction de « Nieuwe beelding », qui signifie « la nouvelle image du monde »). Guidés par la théosophie qui vise à la connaissance de Dieu par l’approfondissement de la vie intérieure, les artistes tendent vers la matérialisation de l’Absolu, de l’Essence même de l’art. Ils conçoivent leur production comme l’aboutissement logique de tout l’art du passé et prophétisent la dissolution de tout art dans la sphère de la vie ou de l’environnement. L’art doit se purger afin d’atteindre sa nature propre. Les matériaux sont assumés et les codes réinventés. Les notions de fond et de limite des œuvres sont reconsidérées. Les artistes développent un langage plastique universel, loin de la figuration et des codes prédéfinis de l’art.

Mondrian et De Stijl

Le vocabulaire abstrait qui caractérise la peinture de Mondrian exprime cette nouvelle plastique. Influencé par les recherches structurelles et géométriques qui marquent le début du XXe siècle, l’artiste assimile ces notions avant de les dépasser. Ses « compositions » montrent une simplification extrême du sujet. Les formes sont épurées jusqu’à l’absolu et se rejoignent en horizontales et verticales. Si les plans, les lignes et les angles sont fréquents, les courbes sont interdites. La composition exprime un ordre nouveau, elle est rationnelle et équilibrée.

image01
Piet Mondrian, 1921, Tableau 1, avec rouge, noir, bleu et jaune, huile sur toile, 103x100cm. © La Haye, Gemeentemuseum

Les couleurs primaires (rouge, bleu et jaune) et les non-couleurs (noir, gris et blanc) sont agencées comme les composantes élémentaires de la peinture. Un rapport équilibré s’établit entre couleurs et non-couleurs et entre pleins et vides. Dans sa volonté de supprimer le fond neutre, Mondrian introduit une grille modulaire, système qu’il juge rapidement trop répétitif. Il abandonne finalement toute trame régulière dès 1920 en introduisant la dissymétrie dans ses tableaux. Les éléments génèrent le mouvement dans la stabilité et engendrent l’équilibre de toutes les parties. Dans ses œuvres de maturité, le peintre construit un réseau de lignes infinies qui se prolongent virtuellement au-delà de la toile. Cette composition universelle où la forme est absolue permet une lecture plastique compréhensible de tous.

Compositions et Contre-compositions

Le peintre, écrivain, typographe, décorateur et architecte Theo Van Doesburg est le chef de file et principal théoricien du mouvement De Stijl (rédacteur de la revue). Mondrian et lui exercent une influence réciproque l’un sur l’autre à travers leurs œuvres. Mais dès 1924, Van Doesburg s’éloigne du néoplasticisme dogmatique en introduisant des lignes diagonales dans ses tableaux. Il crée ainsi un effet dynamique par le contraste entre la composition et le format rectangulaire de la toile. L’artiste se libère ainsi de la pesanteur des lignes verticales et horizontales de De Stijl. Par ce changement de style, Van Doesburg marque une rupture temporaire avec Mondrian. Pour affirmer ses idéaux, l’artiste choisit d’appeler ses œuvres « contre-composition », en opposition aux « compositions » de Mondrian.

image05
Theo Van Doesburg, Contre-composition en dissonances, XVI, 1925, huile sur toile, 100x180cm. © La Haye, Gemeentemuseum

Mondrian et ses contemporains utilisent l’abstraction à des fins utopiques pour une société que l’on veut moderniser. L’art exprime l’harmonie d’un ordre nouveau, en opposition au désordre ambiant que le contexte de guerre de l’époque impose. Cette nouvelle conception de l’art intègre l’idée d’une énergie spirituelle. L’abstraction exprime cette énergie nouvelle comme un éveil à la conscience d’un monde nouveau. Les premières années du XXe siècle correspondent finalement à de grands changements engendrés tant dans l’art que dans la société, l’Histoire nous l’a prouvé.

Amandine Candel

 

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s