L’engagement environnemental dans l’art

Les récentes perturbations liées au contexte de pollution sont l’occasion de nous demander ce qu’il en est de l’engagement artistique face à la cause de notre planète. C’est dans les années 60, avec l’apparition du mouvement écologiste en politique, que les premiers artistes concernés par la question se manifestent. Certains s’engagent à défendre l’environnement, d’autres sont provocateurs de questionnements et de remises en question. Les artistes se font le porte-parole d’une conscience générale encore peu engagée.

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Fabrice Hyber, Born from Garbage, 2014. © Galerie Nathalie Obadia, Bruxelles.

Des artistes engagés au sens constructif

C’est au cours de la seconde moitié du XXe siècle qu’apparaissent de nouvelles formes d’art dédiées à l’écologie. Parmi ces nouvelles formes se trouve notamment le Land Art, une tendance qui conçoit la création artistique à travers le médium de la nature. La planète se retrouve au centre du travail de l’artiste.
C’est dans ce cadre qu’en 1955, Herbert Bayer signe la réalisation de son oeuvre Grass mound. Conçu à Aspen (Art Institute, Colorado), ce terrain recouvert de gazon annonce l’art environnemental contemporain. Il s’agit de relier l’art à l’activité humaine et à l’environnement naturel afin d’interroger la notion d’art, de vie et d’avenir.
Dans les années 70, l’autrichien Lois Weinberger propose d’introduire la nature dans l’espace urbain. L’artiste investit les quais de la gare de Kassel et choisit d’y permettre la création d’un jardin sauvage. Les plantes ne sont pas semées mais portées par le vent, et bien souvent il ne s’agit que de végétaux dont on rêve de se débarrasser, comme des champignons. Ce choix amène à des questionnements plus larges concernant la place de la nature dans le cadre de vie de l’homme; sa légitimité et sa nécessité sont rappelées. De la même manière, Gilles Clément réalise son Jardin du Tiers-Paysage entre 2009 et 2012. Sur le toit de la base sous-marine de Saint-Nazaire, sur cet espace où l’homme a abandonné l’évolution du paysage à la seule nature, un jardin sauvage s’est implanté au gré des vents.

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Joseph Beuys, 7000 Eichen, 1982. © Documenta 7, Kessel.

Selon un concept similaire, Joseph Beuys participe à la création du parti allemand Die Grünen («les verts») et est à l’origine de la plantation de 7000 chênes en 1982. Il s’agit de sensibiliser la société face aux risques encore peu connus de la déforestation. «Ce n’est qu’un début symbolique, qui entend attirer l’attention sur la transformation de toute la vie, de toute la société», dit-il alors.

Des provocateurs pour s’interroger et se remettre en question

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Nicolas Moulin, Vider Paris, Photographie issue d’une série réalisée entre 1998-2001. © Nicolas Moulin.

Le XXIe siècle a vu naître une multitude de démarches novatrices, toutes engagées à leur manière. Alors que la vie sauvage s’efface peu à peu sous les couches de béton, la catastrophe de la destruction planétaire par l’action humaine se fait plus concrète. Nicolas Moulin imagine l’avenir de Paris dans un désert de béton et tente d’ouvrir les yeux à la société. Cette réflexion est l’occasion de pousser le paroxysme du monument à l’extrême ; l’homme n’a plus sa place en ville, exclut par le fétichisme du foncier et du patrimoine.

Mais les artistes peuvent-ils réellement agir face aux bouleversements planétaires ? 
D’après Bruno Latour, leur rôle est essentiel : « Confrontés à cette réalité, nous pouvons tous éprouver une sensation d’effroi et de désarroi. Seuls les artistes savent rendre sensibles et intensifier ces données scientifiques, les dramatiser et dédramatiser. Bref, nous faire dépasser l’effet démobilisateur de la sidération. » Christophe Bonneuil pense également que les artistes sont importants pour «favoriser une lecture du phénomène qui donne plus de prise à l’action collective».

Depuis qu’ils sont présents dans la société contemporaine, les artistes ont pour mission d’éclairer la société. Depuis peu, ils cherchent à développer de nouveaux moyens pour s’exprimer et il semble que l’art environnemental corresponde à une nouvelle langue qui s’est développée au gré des besoins et du contexte actuel. Mais s’arrêter aux créations de paysages sauvages ou aux mises en scène de la destruction du monde ne suffit pas à résumer l’engagement environnemental dans l’art. Il existe bien d’autres moyens d’exprimer le ressenti que l’on a face à ce phénomène.

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Adrián Villar Rojas, Sculpture Mi familia muertas, 2009. © Carla Barbero.

Peter Buggenhout, avec ses sculptures informes composées de poussière noire et de déchets charbonneux, tente d’imaginer l’avenir et crée ainsi un monde sans vie et sans chair. La démarche d’Adrián Villar Rojas est similaire, lorsqu’il intègre une baleine échouée dans une forêt.

Portés par l’inquiétude autant que par la dénonciation, nombreux sont les artistes pouvant être considérés comme étant engagés pour l’environnement.

Amandine Candel

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