[EXPO] Henri Matisse, le laboratoire intérieur

Depuis le 2 décembre 2016, le Musée des Beaux-Arts de Lyon croule sous les visiteurs. C’est le peintre Henri Matisse et les 250 œuvres de sa rétrospective que tous viennent découvrir. Cette exposition intrigue et attire surtout parce qu’elle ne présente pas simplement les travaux de l’artiste de façon chronologique. Comme son titre l’indique, c’est le « Laboratoire intérieur » de Matisse qu’on peut y découvrir, comme une plongée dans son atelier. Le choix y a été fait de croiser dessins, peintures et sculptures, pour retracer le cheminement créatif du peintre. On vous propose aujourd’hui de revenir sur la vie de l’artiste, avant d’évoquer un aspect de l’exposition qui nous a particulièrement plu.

Henri Matisse, du fauvisme aux papiers découpés

matisse-paravent-brassai-1939
Henri Matisse debout contre un paravent et dessin à la craie, 1939, épreuve gélatino-argentique, (C) RMN-Grand Palais / Michèle Bellot / Succession H. Matisse

Né le 31 décembre 1869 au Cateau-Cambrésis, et mort le 3 novembre 1954 à Nice, Henri Matisse est connu pour ses travaux hauts en couleurs et novateurs. Après avoir tenté une carrière de clerc d’avoué pour satisfaire ses parents, il s’est lancé seul dans le dessin et la peinture sur les conseils d’un voisin pendant sa convalescence après une crise d’appendicite. Très rapidement, il a rejoint l’académie Julian en 1891, avant un passage marquant dans l’atelier de Gustave Moreau. Il y a montré un goût prononcé pour les natures mortes, qu’il recopiait. L’interprétation libre s’est progressivement substituée à la copie, jusqu’à son entrée à l’école des Beaux Arts en 1895. Là, il s’est détourné des grands maîtres pour s’intéresser au plein-air et à de nouvelles thématiques, comme dans ses représentations du Pont Neuf à Paris (ci-dessous). Plus tard il a appris la sculpture auprès d’Antoine Bourdelle dans l’atelier de la Grande Chaumière, avant d’avoir sa première exposition personnelle en 1904, marquée par la division des couleurs de Luxe, calme et volupté. Malgré son succès, il n’était pas satisfait par ce tableau, qui l’a amené à peindre par aplats et à poser les bases du fauvisme.

matisse-la-raie-verte
La raie verte, 1905, huile sur toile, 40 cm x 32 cm, (C.) Statens Museum for Kunst

Dans les années suivantes, ses travaux ont connu différentes périodes très marquées visuellement, du fauvisme à la peinture monumentale, avec des tableaux comme La Raie Verte ou La Danse. A l’arrivée de la guerre en 1914, Matisse a cherché à s’enrôler à plusieurs reprises, mais n’a jamais été envoyé au front. Il a donc continué les recherches artistiques au sein de son atelier jusqu’à la fin du conflit, modifiant son rapport aux couleurs. On remarque notamment ces changements dans la Leçon de musique de 1916. Les nombreux voyages qu’il a ensuite effectués l’ont largement influencé, l’amenant à simplifier encore sa touche et à pousser sa pratique du papier découpé puis collé. Dans la dernière partie de sa vie, il a beaucoup travaillé les gouaches découpées et les décors muraux.

On le constate facilement en retraçant le parcours de l’artiste, il a traversé de nombreuses périodes aux réalisations très différentes. Mais dans leurs écarts stylistiques, toutes ces périodes sont réunies par le dessin dont l’importance a été de plus en plus forte, accompagnant la prédominance du trait.

Réunir dessin et peinture en un geste : le dessin au pinceau

exposition-mba-matisse
Henri Matisse, Le laboratoire intérieur, section 2. (C.) Photographie MBA Lyon, 2016, Source Izi Travel

C’est cet aspect essentiel du mode de création qui ressort de l’exposition présentée au Musée des Beaux Arts de Lyon. On peut y voir environ 200 dessins, issus de toutes ses périodes de travail, et notamment un grand nombre d’entre eux jamais présentés en France jusqu’à maintenant. A chaque nouvelle salle, on remarque comment la peinture est liée à la pratique dessinée. On constate aussi la grande diversité des moyens et supports utilisés par l’artiste au cours de sa vie : fusain, pinceau, crayon, plume sur marges de lettres, carnets ou beaux papiers.

Parmi toutes ces techniques, celle du dessin au pinceau nous a particulièrement attirés. Dans leur simplicité reconnaissable, ils sont le fondement des œuvres peintes tout en étant des créations à part entière. Dès les premières années, Matisse a utilisé le pinceau pour créer des ensembles de formes présentes ensuite dans ses tableaux. Mais c’est surtout à la fin de sa vie, à partir de 1947, qu’il a repris cette technique en la poussant au maximum en parallèle de ses travaux au papier découpé. Pour lui, le noir et le blanc de ses dessins étaient d’une force équivalente aux couleurs de ses autres réalisations, par leur simplicité.

« Mon dessin au trait est la traduction la plus directe et la plus pure de mon émotion. La simplification du moyen permet cela. (…) J’ai alors le sentiment évident que mon émotion s’exprime par le moyen de l’écriture plastique. » Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art, Paris, Hermann, 1972, p.159-160

Le thème du masque surgit avec force, longtemps étudié mais plus simplifié encore dans les dernières années. Le visage qui a été choisi pour l’affiche de l’exposition appartient justement à ces dessins si particuliers. En proposant au regard un faciès aussi épuré, Matisse souhaitait laisser le spectateur libre de s’y projeter et de l’interpréter.

On retrouve la même volonté de simplification se rapprochant d’un travail de signalétique dans la décoration de la chapelle de Vence. Cette réalisation occupe la dernière partie de l’exposition, qui présente ce que l’artiste considérait comme l’aboutissement de sa vie et de son travail. Il y a consacré tout son temps entre 1948 et 1951. Des plans aux vitraux, mobiliers et décors muraux, tout a été pensé par Matisse. Les fresques sur céramique reprennent le principe du dessin au pinceau, dans sa forme la plus aboutie.

On sait que l’artiste les a tracé très rapidement, après avoir passé de longues heures à en étudier chaque motif, s’inspirant d’artistes comme Rubens. La Vierge à l’Enfant, Saint-Dominique et le chemin de croix en sont les éléments principaux. Tous sont faits de traits noirs, sur des carreaux de céramique réunis sur les murs. Chaque trait est utile et représente un aspect du personnage. Et cette fois-ci, les visages ne sont symbolisés que par un ovale noir : pour Matisse, le sacré ne pouvait être mieux représenté que par la pureté du signe et du geste.

A tous les moments de sa vie, Matisse a dessiné avant, pendant et après avoir peint. Cette exposition nous révèle les coulisses de ses plus grands travaux, tout en nous permettant de découvrir cette pratique passionnante par sa diversité. L’artiste avait d’ailleurs bien saisi l’importance du dessin dans son travail, puisque dès 1905 il a choisi d’exposer des dessins aux côtés de ses peintures au salon d’automne : l’un ne surpasse pas l’autre, les médiums se complètent.

Céline Giraud


Si vous souhaitez en apprendre plus sur les liens entre le dessin et le reste de l’œuvre de Matisse, rendez-vous au Musée des Beaux Arts de Lyon jusqu’au 6 mars 2017 ! On vous recommande de prendre vos places via le site internet du musée, pour éviter la file d’attente qui peut être très longue.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s