Le temps d’une danse avec Ryan Macginley

Vous vous êtes à coup sûr rendu à la 17ème Biennale de la Danse de Lyon cette année. Avant même de pouvoir profiter du spectacle, des artistes qui sexpriment en musique, vous avez très probablement butté sur des corps dénudés, des corps fous. Il sagissait des affiches de la biennale, dimmenses photographies dispersées dans la ville. Un homme qui nu bondit bras ouverts sur le paysage à travers champs. Ou cette femme capturée en plongée, chutant seule dans limmensité dun ciel bleu uni. Libres ! Ces derniers sont la propriété du jeune et prometteur photographe contemporain Ryan Macginley.

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Ryan Macginley. Affiche de la Biennale de la Danse, 2016, Lyon. (C.) Biennale de la danse

Ce nest pas la première fois que la ville de Lyon fait appel à cet artiste, il est déjà à lorigine en 2014 des affiches annonçant le Festival des Nuits de Fourvière.

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Ryan McGinley, Affiche pour les nuits de Fourvière, Lyon, 2014. (C.) Nuits de Fourvière

Né le 17 octobre 1977 dans le New Jersey, il est le petit dernier dune famille nombreuse. En 1995 à 18 ans, il entame des études de graphisme à Parsons School of Design à New York. Etudiant, il sintéresse rapidement au médium photographique. Ses premiers clichés sont ceux dun Polaroïd. A la manière dun jeu, il fige des instants de vie, ses amis, et leurs jeunesses. A loccasion de sa première exposition à Soho en 2000, Ryan Macginley vend et envoie de nombreux exemplaires de son livre Kids are alright, notamment à des artistes quil admire. Un de ces exemplaires atterrit entre les mains du commissaire dexposition Sylvia Wolf qui décèle l’énorme potentiel des photographies de Ryan Macginley. Ainsi est organisée en 2003 lexposition The kids are alright, au Whitney Museum of American Art, entièrement dédié au jeune artiste. Suivront à propos de son travail des critiques extrêmement positives, et lobtention en 2007 du Prix jeune photographe Infinity Award, par le Centre international de la photographie de New York.

Les photographies de Ryan Macginley traduisent une liberté et une fougue toutes juvéniles. Après avoir pris pour modèle des amis, des rencontres, il partira en virée avec de jeunes mannequins afin de réaliser de nouveaux clichés.

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Ryan McGinley, Roller Coley, 2007. (C.) Ryan McGinley

Roller Coley est lune de ces photographies. On y voit un jeune homme nu sur des rollers. Les jambes légèrement pliées, le buste en avant, le dos rond, se propulsant dun mouvement bras gauche, jambe droite, il est stoppé net dans son élan par cette photographie. Les œuvres de lartiste ne sont presque jamais statiques. Le rendu du mouvement, et probablement la part dinconnu, de surprise que cela engendre intéresse Macginley. Les photographies semblent naître de ce mouvement. Ryan Macginley flaire linattendu, et révèle ce qui est caché, ou ce que lon entrevoit sans laide de la machine, pris dans la vitesse.

Coley fonce sur lobjectif, il dévie sur notre gauche, juste de quoi ne pas nous heurter. Cest le corps dune personne jeune, vivante samusant à patiner sur ce qui pourrait être du parquet.

Nous ne le savons pas vraiment car la vitesse engendre le flou, qui cela va sans dire est désiré par lartiste. Le corps du modèle flotte, analogiquement aux affiches de la biennale dont nous avons discuté précédemment. Néanmoins nous sommes ici dans une brume aux tonalités chaudes, produisant un dégradé du haut vers le bas, du plus lumineux au plus sombre. Un coup de projecteur est dirigé sur ce corps, qui nous lavons compris doit être le point dexergue de la photographie, et globalement de lOeuvre de lartiste.  

Si lon pousse lanalyse un peu plus loin, il point que notre vision est finalement attirée par le visage du personnage, par son regard. Il nous voit le regardant. Dernier oeil jeté avant de nous contourner ? Ce qui est manifeste, est que son visage reste la partie la plus nette de lensemble du cliché. Lexpression du modèle oscille entre la simple constatation de notre présence, et l’étonnement. En découle le sentiment dune intrusion du spectateur. Est-ce dû à ce regard, ou à la nudité de lindividu ?

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Ryan McGinley, Hand Out, 2013. (C.) Ryan McGinley

Dailleurs, parlons-en de cette nudité. Elle permet dune part didentifier non le sexe, mais l’âge du modèle, donc de nous parler de la jeunesse, et surtout de ce sentiment de liberté. Ryan McGinley dresse le portrait dune jeunesse américaine exaltée, sans sencombrer de trop de détails matériels. Lobjectif étant de ne pas perdre de vue le sujet. De plus, la nudité insiste sur la pureté, le naturel de ces jeunes gens.

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Ryan McGinley, Deep Creek, (Hot Springs), 2005. (C.) Ryan McGinley

Ryan Macginley capture livresse, la véhémence, et linsouciance. Happé par la vitesse de notre société, face à de vastes paysages ouverts et bienveillants, rien narrête ses personnages. A moins que cela ne soit le mortifère exercice de la photographie, nous laissant nostalgiques. Lartiste scelle la beauté de ces corps dans un temps déjà révolu.                                                                    

Charlotte Fleytout

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