[EXPO] Cy Twombly, peintre de la mémoire

Du 30/11/16 au 24/04/17 le Centre Pompidou à Paris propose une rétrospective de la carrière de Cy Twombly à travers une large sélection d’œuvres. Or le long parcours de l’artiste a rarement été égalé en termes de qualité, créativité et vitalité.

Né en 1928 en Virginie, ayant vécu en Italie près de 50 ans et disparu à Rome en 2011, Twombly commence à peindre quand prédominent l’Expressionnisme abstrait, le Pop Art et le Minimalisme. Son art, issu de l’Action Painting, se développe en marge des courants américains quand il s’intéresse à la culture européenne et s’inspire de l’Histoire ancienne de la Méditerranée.

Les écritures du mythe de Cy Twombly :

A la fin des années 50 des graffitis et des griffures apparaissent dans ses dessins, juxtaposés à des lettres, des mots et des chiffres. Puis il commence à introduire dans ses tableaux des écritures, d’abord blanches, en boucles répétitives sur des fonds gris. Vers 1975 Twombly les combine à des images et des couleurs et ne cessera plus de jouer avec ces éléments. Pour Roland Barthes, qui écrit le catalogue d’une rétrospective du peintre en 1979, ces grandes écritures n’auraient qu’une valeur rythmique.

Ce qui s’impose, ce n’est pas telle ou telle écriture, ni même l’acte d’écriture, c’est l’idée d’une texture graphique.

Mais bientôt les mythes qu’affectionne Twombly, Orphée, Bacchus… remontent à la surface des toiles sous formes de fragments, et notamment de listes qui recensent les différents noms d’une divinité (dans « Vénus et Apollon » en 1975, la déesse est évoquée sous les noms d’Aphrodite, Nymphée, Nadyomène…) et les associations liées (la myrte, le pavot, la pomme…).

Les toiles du peintre font ainsi penser à des strates qui donnent à voir les couches successives, à la fois réelles et symboliques, du travail de l’artiste. Le fond blanc au premier abord laisse apparaître en transparence un véritable palimpseste. Tous ces « repentirs » n’en sont pas, ils sont au contraire exploités par Twombly pour rendre son œuvre vivante.

Face à ces écritures presque indéchiffrables, ces références et ces allusions, le spectateur ressent  le besoin de lire et de comprendre. Existe-t-il un code dans les toiles de Cy Twombly ? Le peintre a l’habitude d’associer ses œuvres à des plantes, des animaux, …qui renvoient aux symboles présents dans les contes et les mythes comme le faisaient autrefois les érudits en associant botanique, sentiments, planètes… On peut imaginer que les éléments comme les nuages, la mer (réduite à une ligne d’horizon ou un mot dans la série des «  Poèmes à la mer » en 1959) correspondent au genre traditionnel du paysage par-exemple. Un rond esquissé d’un trait vibré symboliserait une fleur, un carré barré d’une croix une fenêtre sur le monde, un ovale fendu en son milieu une feuille ou un sexe féminin…

Les multiples :

L’importance accordée par Twombly aux cycles et aux séries fait aussi penser que ce travail toujours recommencé, ses toiles démultipliées autour d’un même thème sont une manière de suspendre le temps, ou de le répéter indéfiniment. En 1994 avec l’achèvement de « Say goodbye Catullus to the shores of Asia Minor », on devine la mélancolie et l’anxiété de l’artiste de ne pouvoir achever son œuvre.

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Say goodbye Catullus… Cy TWOMBLY 1994

Il produira pourtant encore une grande série pour l’exposition de 2001 à Avignon : Blooming, où il convoque Monet et ses Nymphéas, Warhol, Matisse, Van Gogh, l’art nippon.  Les grandes pivoines peintes à foison illustrent les thèmes chers au peintre, EROS, la sensualité, la mort, la violence, la mélancolie inhérente à leur beauté éphémère tout en renvoyant à la vie par ce titre « Blooming » accompagné du sous-titre Scattered, blossoms and others things « Semés à la volée, éclosions et autres choses ».

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Blooming, Cy Twombly, 2001

Par ses multiples références au passé et aux maîtres de la peinture, ses séries démultipliées autour d’un même thème et par le choix de cycles, par la présence même de ces traces d’écriture sur les toiles, Twombly évoque la mémoire des hommes, mouvante et parfois insaisissable. Son œuvre questionne ainsi une des fonctions principales  de l’art, à savoir figer ce  que la mémoire ne peut conserver intact, porter le témoignage du passé et se faire objet de communication entre les hommes.

Anne Hory Forest

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Un commentaire

  1. […] Mais d’ailleurs, est-ce que le qualificatif « enfant » est vraiment péjoratif ? Kandinsky, comme Kafka, aurait certainement apprécié ce rapprochement puisqu’il aimait la spontanéité et voulait que les sentiments soient libérés de toute restriction. Plusieurs artistes partageant cet idéal, ont essuyé la critique de l’enfant, comme Cy Twombly. […]

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