Regard d’une étudiante en arts plastiques sur la place de la femme dans le monde de l’art

Concernant la question des femmes en art, est-il plus intéressant de montrer des tableaux et des sculptures qui représentent des femmes, ou des œuvres qui n’en figurent pas nécessairement mais qui sont faites des mains d’une artiste ?

Aujourd’hui j’ai l’impression que le premier aspect est souvent vu comme plus pertinent. En tant qu’étudiante en art j’ai remarqué qu’il y avait une sorte de croisement entre les deux, et donc une grande interprétation sur le statut de la femme dans le monde de l’art. Mes camarades semblent inspirées par les mouvements féministes des années 70, souvent performatifs, dans lesquels les femmes sont nues ou peu vêtues, représentées avec des objets ou des corps fleuris. Mon apprentissage artistique se contredit sur ce point : les représentations symboliques du corps féminin – ou de la féminité dans son concept – cachent une peur de traiter frontalement le sujet. Selon ces principes, la femme doit se servir de sa véritable beauté, de sa timidité, de ce qui fait d’elle un individu. Mon point de vue sur ces questions est encore différent. Percevant une part de sexisme dans ces réflexions qui me semblent démodées, je pense que les limites de la performance n’y sont jamais repoussées, explorées. Aucune progression ou même sensibilité visuelle, n’en ressortent.

C’est-à-dire que la forme matérielle et esthétique de la performance est pareille à celle de tableaux figuratifs montrant des femmes jugées belles par les artistes et la société. Et donc, la performance, connue comme une méthode artistique nouvelle spécifique à notre siècle et au précédent, ne présente de ce point de vue qu’une ancienne manière de réfléchir repensée sous une nouvelle forme technique.

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Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1868. (C.) Delaware Art

Lors d’une discussion portant sur ces questions avec mon père, il m’a relaté sa découverte du mouvement préraphaélite, dont les thèmes étaient portés par une vision romantique et inspirée du moyen-âge, montrant souvent des figures féminines aux longs cheveux et aux regards mélancoliques. Les femmes y étaient des muses, comme Elizabeth Siddal l’a été pour son mari Dante Gabriel Rossetti, ainsi que John Everett Millais, parmi d’autres. La femme et sa beauté étaient donc la forme motrice et une sorte de conducteur du mouvement. Elle a joué un rôle important dans le processus de création de l’artiste. Je pense qu’on pourrait donc dire que la femme avait une responsabilité aussi importante que l’homme, car elle avait une puissance d’inspiration sur lui. Cependant, plus tard, mon père a découvert le mouvement constructiviste dans lequel la parité de femmes et d’hommes peintres semble bien plus respectée. Comme il n’y avait plus de figuration, on n’avait plus besoin d’un sujet corporel et donc de cette pensée bourgeoise de la féminité et du corps féminin dans l’art. La position de la femme était plus libérée, une nouvelle place était créée, à côté de ses homologues masculins, dans laquelle la femme pouvait toucher, créer avec ses propres mains, sans avoir peur de les blesser. Pendant une petite période, il semble que la femme était plus égale à l’homme dans le monde de l’art.

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Olga Rozanova, composition abstraite, 1910. (C.) Whaooart

 

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Sophie Taeuber-Arp, Composition, 1931. (C.) Museum of Art in Lodz

Je trouve d’ailleurs qu’il y a un aspect intéressant chez les femmes constructivistes, qui avaient des pratiques différentes de celles des hommes. C’est le cas de Sophie Taeuber-Arp, Sonia Delaunay, Olga Rozanova ou Lyubov Popova parmi de nombreux autres. Elles intégraient souvent le design, les textiles, la danse, le théâtre, l’illustration et beaucoup d’autres domaines dans leurs pratiques créatives, en plus de la peinture et la sculpture. Cela ne veut pas dire qu’elles n’aboutissaient pas leurs pratiques, car cette diversification leur a permis d’appliquer les idées constructivistes au monde. Elles se confrontaient au concept selon lequel le constructivisme est froid et inabordable, sans relation avec le monde réel.

Si j’aborde ces questions aujourd’hui, c’est parce que je me les pose à moi-même. Modestement, je me demande quel artiste j’aimerais devenir. Je pense que mes presque trois années d’étude en arts plastiques m’ont aidée à voir que chaque type d’exécution de réalisation est abordable. En tant que femme, je pense que j’ai appris que la créativité n’est pas forcément une application de mon propre corps dans une œuvre, lui même en faisant intrinsèquement partie et ne pouvant donc occuper toutes mes réflexions. Les mouvements féministes, comme les Guerrilla Girls, nous ont appris qu’il existait de nombreuses inégalités dans le monde de l’art, les musées et les marchés inclus, et il faut bien sûr toujours se battre contre.
Cependant je pense qu’il est maintenant crucial que la femme essaie d’entrer dans le monde de l’art avec des œuvres qui ne sont pas liées à la féminité ou à la séduction, mais à une progression technique et visuelle : en proposant un nouveau mouvement, où les femmes et les hommes peuvent créer une nouvelle esthétique ensemble.

Agnès Tedman

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