Découvrir l’architecture gothique à travers l’exemple de la cathédrale de Strasbourg

Dès la légalisation du christianisme, des lieux communautaires dédiés au culte sont construits dans toute l’Europe occidentale. Le nombre croissant de ces édifices au cours des siècles est un témoin du développement progressif du culte religieux. Instruments du pouvoir, l’église et la religion illustrent une philosophie de vie où les forces de la nature (la mort par exemple) sont incomprises et inquiètent. Le but ultime d’une vie religieuse, par les prières et les cérémonies religieuses notamment, est de conduire les fidèles vers le Salut. Dans ce cadre de vie, l’église occupe une place considérable pour la société médiévale. Les lieux de prières se multiplient et les bâtisseurs cherchent à leur donner une apparence de l’ordre du divin. Quel meilleur moyen de se rapprocher de Dieu que de s’inviter dans sa demeure où se matérialise sa puissance et sa gloire ?

Plan au sol de la cathédrale de Strasbourg
Plan au sol de la cathédrale actuelle et des fondations romanes (Strasbourg) © Fondation de l’Oeuvre Notre-Dame de Strasbourg

Si elles ont chacune leur apparence propre, les églises d’Europe occidentale montrent certaines caractéristiques communes. Le plan est composé d’une nef centrale, entourée de bas-côtés ou collatéraux. L’entrée principale se fait par l’ouest et l’abside (le chœur sur le plan) où se trouve l’autel est à l’est, les fidèles se positionnant face au soleil levant, symbole de la Résurrection et de la lumière de Dieu. Les bras du transept séparent la nef et l’abside. Entre les XIe et XIIe siècles, l’architecture romane s’épanouit au travers de constructions de grande ampleur. Vastes et robustes, les églises sont dotées de murs épais et de tours proéminentes qui percent le ciel comme pour signaler aux croyants que c’est ici que la proximité avec Dieu est la plus forte.  

Dès le XIIe siècle, l’esthétique massive de l’art roman cède sa place à l’expérimentation de l’art gothique. De nouveaux procédés techniques permettent aux constructions de gagner en stabilité. Les cathédrales gothiques sont plus légères, elles s’élèvent plus haut et laissent largement pénétrer la lumière.

Schéma explicatif des formes d'arcs
Schémas explicatifs des formes d’arcs © Amandine Candel

La disparition de l’arc en plein cintre au profit de l’arc brisé constitue l’un des changements majeurs de l’époque. L’arc brisé se compose de deux côtés qui s’épaulent et permettent de renforcer la stabilité par un meilleur équilibre des masses. De la même manière, les voûtes à croisée d’ogives apparaissent pour accentuer le maintien du toit. La nouvelle répartition des poussées de la voûte permet d’alléger les parois du mur et d’ouvrir de grandes verrières. Ce système se répercute sur l’élévation extérieure où apparaissent les arcs-boutants et les contreforts qui équilibrent les masses. Les murs peuvent accueillir des ouvertures plus grandes car ils ne sont plus les seuls à assurer le maintien de la structure. Les petites ouvertures simples disparaissent au profit de lancettes élancées et gracieuses. Parallèlement, les voûtements de pierre viennent remplacer les plafonds charpentés. Entre 1240 et 1350, l’art gothique atteint sa phase dite « rayonnante » : l’élan ascensionnel s’intensifie et les formes sont raffinées.

La cathédrale de Strasbourg constitue le plus bel exemple de l’architecture gothique rayonnante. Débutés en 1015, les travaux s’achèvent au début du XVe siècle. L’édifice vient progressivement remplacer la précédente église située au point le plus élevé de la ville. Après plusieurs incendies, les restaurations sont l’occasion de concevoir un véritable projet. Dès 1180, la modernisation du monument est entamée. Entre 1180 et 1230, les parties orientales sont les premières à connaître des transformations.

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Nef de la cathédrale de Strasbourg, 1897 © Frantisek Zvardon, lignes ajoutées par Amandine Candel

La nef est totalement reconstruite entre 1230 et 1275. L’élévation présente trois niveaux visibles sur la photographie : les grandes arcades brisées du premier niveau sont surmontées par ce que l’on appelle le triforium puis le clair-étage où se développent de grands vitraux. La structure interne est presque aérienne ; entre chaque arcade, les piliers fasciculés sont constitués d’un faisceau de seize colonnettes dont une partie reçoit la retombée des nervures de la voûte à croisée d’ogive. L’effet de verticalité est amplifié par la lisibilité des éléments et leur continuité sur toute la hauteur du mur.

Façade ouest de la cathédrale de Strasbourg
Façade ouest de la cathédrale de Strasbourg © Blog Kermorvan

Puis c’est au tour du massif occidental de connaître une reconstruction (1275-1340). Ce massif correspond à la façade principale du monument, véritable chef-d’œuvre de l’architecture gothique rayonnante. L’élévation présente une organisation tripartite horizontale (un grand portail central entouré de deux autres petits portails) et verticale (un niveau de portails, le niveau où se situe la rose et un troisième niveau avant la flèche sommitale) ; la façade est «  harmonique ». À l’époque de sa construction, cette façade propose une articulation novatrice : la paroi est dédoublée par la présence d’un rideau de grès décoratif. Les éléments du décor creusent des ombres profondes et mettent en avant la virtuosité technique et ornementale de la cathédrale. Le raffinement exalté affirme l’aboutissement du style gothique rayonnant de l’époque. La rose au centre du premier étage mesure 13,60 mètres de diamètre et est donc l’une des plus grandes en Europe. La construction de la flèche se fait entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle. En 1439, la construction s’achève. Le sommet de la cathédrale de Strasbourg atteint 142 mètres de haut. Il s’agit alors du plus haut monument chrétien que l’homme ait jamais construit.

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A. Bourbonnais, Eglise Stella-Matutina, Saint-Cloud, 1965 © J.-Ch. Dartoux

L’édifice exprime finalement de bien nombreuses notions culturelles, sociales et politiques. Son histoire racontée permet de mieux saisir son architecture comme un art à part entière, conçu à l’image des croyances et des besoins de l’époque. L’art et l’architecture des édifices chrétiens ont évolué progressivement et parallèlement aux changements intervenus dans la célébration du culte. Des églises d’une toute autre modernité peuvent aujourd’hui être l’illustration des changements qu’a connu notre société au cours des derniers siècles.

Amandine Candel

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