Le kabary, art de parler Malgache

L’écriture est arrivée à Madagascar, cette île de l’océan indien, tardivement. En effet, l’alphabet latin ne fut adopté qu’au XIXe siècle sous le règne du roi Radama I. Pour l’adapter à la langue malgache, il fut amputé de six lettres. L’alphabet malgache ne comporte de ce fait que 20 lettres au lieu des 26. Cependant, une première forme d’écriture a existé à Madagascar avant l’adoption de l’alphabet latin. Cette écriture s’appelle le sorabe qui, traduite littéralement, signifie grande écriture en français. Le sorabe ressemble beaucoup à l’alphabet arabe. En effet, selon l’histoire, il fut apporté par un petit groupe islamisé originaire de l’île de Sumatra arrivé à Madagascar vers le XVIe-XVIIe siècle (1). Il fut également simplifié pour être adapté à la langue malgache.

L’oral avant l’écrit :

Mais avant l’arrivée de l’écriture, Madagascar était un pays de tradition orale. Les Malgaches -habitants de Madagascar- excellaient dans l’art de parler. Un art de parler qui porte le nom de  kabary. Le kabary est une sorte de discours teinté de poésies, de rimes et de proverbes. On dit même qu’il rythmait la vie sociale et politique du pays et du peuple. En effet, tout se réglait par lui : les conflits, les jugements, les mariages, etc. C’est ainsi qu’à chaque événement il y a le kabary qui lui correspond : le kabarim-panjakana (discours d’État) lorsqu’il s’agit d’affaires politiques ou administratives, le kabary am-panambadiana lors des mariages, le kabary am-pandevenana lors des funérailles (2), etc. Il va sans dire qu’en ce temps-là où l’écriture n’existait pas encore à Madagascar, le long discours du kabary devait être retenu par cœur.    

Le kabary peut être prononcé par un seul orateur ou deux. Quoi qu’il en soit, dans une société malgache hiérarchisée, c’est la personne la plus âgée qui, généralement, est le mpikabary (l’orateur). Le kabary suit une structure bien précise. Il commence par le ala sarona (introduction), suivi du tsiny (excuses), du fiharahabana et fisaorana (salutation et remerciements), du rajan-kabary (contenu) et enfin du famaranan-teny (conclusion)2.

Pour que cet art du parler ne se perde pas, l’association FI.MPI.MA (association des orateurs malgaches), qui promeut le kabary, est créée en 1964, il y a un peu plus de 50 ans. Les étudiants y sont formés à l’art du kabary et un dipôme leur est attribué à l’issue de la formation. Le kabary est reconnu par l’Unesco et Madagascar a demandé à ce qu’il soit inscrit au Registre international de la mémoire du monde.

Hobimalala  Raveloarison

(1)Coran et talismans : textes et pratiques magiques en milieu musulman, Constant Hamès, Éditions Karthala, 2007

(2)unesco.org

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