Engagement, peinture rouge

Les années 1960, qui pourtant avaient promis des jours paisibles, se sont installées dans un contexte international tendu : la guerre d’Algérie, celle du Vietnam et puis froide, ramenèrent quotidiennement leurs images atroces, prouvant que les jours de paix étaient remis à plus tard. Loin de ces considérations dramatiques, les sociétés dont l’épanouissement monétaire n’était plus a démontrer, se confrontaient à un autre mal : la consommation de masse, suite logique du taylorismes, fordisme et autre capitalisme. Dans un tel bouillonnement, les artistes avaient le choix de l’inspiration, comme l’a démontré le Pop art aux USA et le Nouveaux Réalisme en France. En effet, ces courants s’inscrivaient dans une double lignée : l’encrage dans la société que les artistes critiquaient – mais utilisaient pourtant – et le prolongement des pensées artistiques avant-gardistes qui avaient stimulé les premières décennies du XXème siècle. En ces périodes, on avaient cherché à renouveler le genre artistique grâce à la lithographie, le collage, la photographie ect, délaissant la peinture.

Retour à la peinture :

Mais ceci n’était pas pour plaire à tous. En effet, face à la prétendue « rationalité technique croissante » (Pierre Gaudibert, écrivain et critique d’art) des années 60, un groupement d’artistes réunissant Emile Aillaud, Eduardo Arroyo, Henri Cueco, Antonio Recalcati et Gérard Tisserand, s’est fait connaître pour son retour vers une peinture totalement figurative. C’est en 1967 qu’ils se sont retrouvés sous l’appellation de Figuration narrative, définit par son critique d’art Gassiot-Talabot en ces termes : « Est narrative toute œuvre plastique qui se réfère à une représentation figurée dans la durée, par son écriture et sa composition, sans qu’il y ait toujours à proprement parler de « récit » ».

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Henri Cueco, Marx Freud Mao, 1969

Ce mouvement ne s’est pourtant jamais défini comme une seule et même entité, laissant toute la liberté aux artistes de travailler sur d’autres propositions artistiques.

L’engagement politique :

Il n’est pas rare que les artistes se soient engagés dans des partis politiques, et c’est sur cet aspect-ci que nous allons nous arrêter. En mai 1968, un important mouvement social ébranle toutes les sphères en France. Les plus militants des artistes de la Figuration narrative s’engagent aux côtés des étudiants, notamment en participant aux ateliers populaires, organisés par l’école nationale des Beaux-arts de Paris.

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Henri Cueco, Manifestation II, 1968

Parmi les artistes que nous avons cité précédemment, Cueco fait partie de ceux qui ont traité frontalement les questions politiques. Membre du Parti Communiste de 1954 à 1976, il participe en mai 1968, à ces fameux Ateliers Populaires.

Ces soulèvement auront été de véritables révélateurs d’engagements et par la même, un moyen efficace de renouveler les procédés artistiques. D’ailleurs, en 1969 Cueco créa la coopérative des Malassis, groupement de la Jeune Peinture, dont les prises de positions face à une crise idéologique, poussaient à repenser le rôle de l’artiste.

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Henri Cueco, Manifestation, 1968. Peinture

Ces œuvres ne célèbrent pas franchement les manifestations et n’invitent à rien. Elles effraient pourtant. Elles prennent acte, énergiquement, d’une force en marche. La révolution ou les luttes en sont le thème principal. L’ensemble est épique, gai et terrifiant, mais pas édifiant. J’ai mis en situation des corps horrifiés et magnifiés par la rencontre avec leur destin historique.

Henri Cueco, à propos des Hommes rouges

La série Les Hommes rouges présentée à l’ARC en 1970 occupe l’artiste pendant dix ans, de 1965 à 1975. Dans chaque tableau nous retrouvons la même structure et manière de montrer : des figures rouges fantomatiques, presque anamorphes pour certaines, semblant courir nues, s’agiter, hurlant parfois devant une foule grise, plus statique. Il faut rappeler que ces périodes avaient été marquées par des répressions violentes des CRS, d’où cette figuration pétrifiée.

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Henri Cueco, Rue, série Les Hommes rouges (1968-1971) Peinture. 1969

Plus tard, Cueco enferme ses figures dans des cadres urbains, les silhouettes dépersonnalisées y semblent perdues au milieu d’architectures immenses bien que ce rouge (en probable rapport avec le communisme) propulse vers l’avant ces formes humaines. Mais lévitant, les dimensions sont abolies. « Il est loisible d’y percevoir un fantasme du vol, une modernisation du mythe d’Icare avec l’illusion lyrique d’une toute puissance proche d’une bulle heureuse, des bouffées délirantes suivies de la chute onirique en vol plané. » (Pierre Gaudibert)

La particularité des toiles montrées est l’absence de violence. Cueco a utilisé des gestes et est passé par des évocations plutôt que par des représentations factuelles. D’ailleurs, aucune idéologie n’est véritablement perceptible : l’artiste n’incitait pas les gens à la manifestation. C’était un témoignage, rien de plus.

Alicia Martins

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2 commentaires

    • Merci, c’est vrai que ce mouvement n’est pas celui auquel on pense en premier, pour les années 60-70. Pourtant, il fait une belle synthèse des recherches de l’art et des mouvements sociaux de ces périodes. Voir Mao à côté de Freud et Marx, allongés dans un même lit, ça fait sourire!
      En tout cas, nous sommes contentes que cette découverte vous ait plu!

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