Khadda – à la recherche de motifs algériens.

Les artistes de la génération de Benanteur et d’Issiakhem, avaient une même envie : développer un art qui se détache de celui de l’Occident. Mohammed Khadda n’a pas échappé à cette idée.

Bien que les préoccupations soient identiques, les moyens d’y répondre pouvaient différer. En effet, si l’une des écoles artistiques à se faire repérer et exposer dans les grandes capitales fin des années 1960, est celle de la « peinture calligraphique« , Khadda se posera rapidement contre cet élan. Pour lui, l’écriture y perdait son caractère sacré, la langue se détachait de son message voire même de la raison. Pire, il craignait que cette forme d’art devienne systématique et abusive, restreignant forcément les champs culturels de l’Algérie.

« Une nouvelle mode, si l’on considère – uniquement en France – le nombre d’ouvrages consacrés à la calligraphie arabe, se propage de part et d’autre de la Méditerranée et fait problème. Cet engouement de l’Europe pour un « orientalisme abstrait » ne reconduit-il pas, en les habillant de neuf, d’anciens schémas? »

Mohammed Khadda

La crainte d’être de nouveau aliéné par la France poussera Khadda à envisager d’autres manières de créer. Celle qui aura sa préférence sera non-figurative (donc différente d’Aouchem par exemple).

Le titre fait allusion à l’embouchure de Chiffa à proximité de Mostaganem, qui se situe sur le méridien de Greenwich. Cette toile illustre ce que l’artiste essayait d’articuler depuis 1955 : des formes qui ne figurent rien mais qui suggèrent par l’imagination. En effet, il nous semble percevoir les gorges et les falaises de Chiffa dans ces sillons d’un noir profond. Les couleurs ocres et terreuses, quant à elles, représenteraient ses surfaces planes et arides.

L’aliénation française :

Pourtant, le non-figuratif, n’était-il pas un art particulièrement salué en occident ? Cette critique, Khadda l’entendra aussi à son retour en Algérie en 1963 : la population la considère comme inféodée aux modes occidentales et restera longtemps hermétique aux concepts non-figuratifs. En effet, en France, l’école de Paris s’en faisait le fer de lance, notamment grâce à Alfred Manessier à qui Khadda ressemblera beaucoup :

Face aux doutes que les gens exprimaient, Khadda fut invité à tenir des conférences en Algérie afin d’en expliquer les ressorts. L’un de ses arguments était simple, mais résume aussi bien sa position artistique :

« toute peinture est par définition abstraite car elle est autre chose que le réel brut, même si elle se donne pour but de représenter avec fidélité ce réel. Ce qui compte, c’est le contenu et surtout son élaboration. »

Par ces gestes liés à l’abstraction, Khadda articulait sa mémoire selon un principe de liberté. Il aimait dire que le peintre « réfléchit avec sa main« . Ainsi, dans son travail se mélangent les accidents créateurs et les précisions de l’artiste.

La liberté grâce au non-forme :

C’est peut-être d’avantage dans ce geste libérateur que la peinture de Khadda s’exprime, à la manière des artistes automatiques, donnant lieu à un dessin de non-forme, plutôt que de non-figuration. Sa peinture de geste a d’ailleurs pu trouver son inspiration dans la culture et l’imagerie algérienne : l’un des motifs qui plaisait à l’artiste était celui de l’olivier.

Ce thème ou motif, sera récurrent dans la peinture de Khadda. En lui, il trouve le moyen d’exprimer plastiquement son geste non-figuratif mais aussi les sentiments qui l’animent. Il dit :

« J’aime cet arbre et m’en méfie pourtant. Parce que dans ses torsions, dans ses nœuds, dans ses craquelures et dans son entêtement à faire front à l’agression des vents, à l’injure des poussières je retrouve cette démarche de l’homme, j’entends l’homme debout.[…] L’olivier est pour moi genèse. Il est à la naissance des signes et de l’écriture que je propose. »

A la manière de Benanteur, Khadda proposait des toiles qui exprimaient l’Algérie comme un natif aurait pu le faire. Bien qu’il fut fortement influencé par l’art non-figuratif français, il en a récupéré le langage pour le faire évoluer vers un qui soit d’avantage respectueux de sa culture. Et c’est bien de cette manière qu’il a rendu hommage à son pays, en faisant d’un olivier des gens combatifs.

Alicia Martins.

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