Rejouer les matchs !

Alors que la France sportive est passée à l’heure de l’Euro et que les plus passionnés d’entre nous referons les matchs qui opposaient leurs équipes favorites, l’art n’est pas sans reste quand il s’agit de parler sport. Et à la manière des fans, des artistes proposent de revivre les soirées football ou d’immortaliser des instants mythiques, donnant lieu à des scènes surréalistes et particulièrement burlesques !

Les footballeurs, ces héros !

Prenons, par exemple, le cas bien connu de Coup de tête, statue d’Adel Abdessemed.

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Coup de tête, statue d’Adel Abdessemed, 2011-2012, bronze. Courtesy de l’artiste et David Zwirner, New York/Londres.

Très réaliste, elle illustre les dernières minutes de la finale du Mondial 2006 à Berlin, durant lesquelles Zinédine Zidane avait écopé d’un carton rouge pour avoir frappé de la tête, le thorax de Marco Materazzi, qui venait de le provoquer. Résultat du match malheureux : les italiens l’emportèrent aux tirs au but.

Par cette sacralisation de l’instant, pourtant peu glorieux pour le sport, les joueurs deviennent des figures illustres de nos époques. Mais au lieu de leur concéder le statut de héros, Adel Abdessemed les traite en contre pied en valorisant la défaite. D’ailleurs, l’aspect plastique tient en lui le drame : la bouche ouverte, Materazzi personnalise la douleur et Zidane, les poings serrés, le taureau qui charge. Pour l’exposition rétrospective de l’artiste, Je suis Innocent 1, au Centre Georges Pompidou, le commissaire de l’exposition expliquait que certes, Coup de tête ramenait à un acte identifiable par tous, mais aussi à la tradition de la statuaire : le visage dirigé vers le sol, la figure de Zidane renverrait à celle d’Adam chassé du Paradis.

Le foot dans le Nouveau Testament :

Cette comparaison avec des événements bibliques n’est pas fortuite. L’artiste Michael J. Browne en avait déjà utilisé les symboles dans The Art of the Game, toile dans laquelle il représentait Eric Cantona en Jésus.

Cette toile fait référence à la suspension de neuf mois de Cantona pour avoir donné un coup de pied à un supporteur, autre déboire footballistique. Mais loin d’avoir entaché sa carrière, à son retour, le joueur fut acclamé par ses fans qui le considéraient comme un élément majeur dans la réussite de Manchester United. Ainsi, plus qu’une simple figure sainte, MJ.Browne peint Cantona en Christ Sauveur, et en position de conquérant. À ses pieds, nous pouvons d’ailleurs voir les jeunes Nicky Butt, David Beckham et Phil Neville, génération qui émergeait en 1996 2. Derrière eux, assit sur un trône, Alex Ferguson, manager du groupe, est représenté en César, couronné par le défenseur John Curtis.

L’histoire de ce tableau veut que l’artiste ait proposé à Cantona de poser pour lui, alors qu’il le rencontrait dans un bar. Proposition acceptée, le footballeur posa un genoux à terre et un balais dans la main, quelque temps plus tard ! Et afin d’illustrer la ferveur de son retour, MJ. Browne s’inspira de La Résurrection du Christ de Piero Della Francesca, grand peintre de la Renaissance italienne.

Le foot amateur :

Mais que serait le foot sans sa pratique amateur ? Dans une réalisation complètement barrée etburlesque, Pierrick Sorin, artiste vidéaste, relate un match avec son frère Jean-Loup.

Pierrick et Jean-Loup font du foot, 1994. 2’40 », Betacam SP, PAL, couleur, son. Collection Centre Georges Pompidou, Paris (France)

Commandé, ce film fait partie d’un ensemble de quatre autofilmages pour « Rapptout », émission de télévision française. La forme adoptée est toujours la même : le rythme est accéléré, rappelant les films de Méliès ou du personnage de Charlie Chaplin, les prises de vue se font dans un espace confiné et la voix-off de l’artiste commente la scène dans un français douteux. Si les trois autres vidéos finissent sur un plan montrant les deux frères installés devant l’émission qui les diffuse, Pierrick et Jean-Loup font du foot termine dans un acte de violence qui entraîne leur séparation définitive. Par ce changement narratif, l’artiste montre l’absurdité de la « grande furie » et qui n’est pas sans rappeler les deux travaux précédents. Mais sa critique n’est pas uniquement tournée vers le milieu du sport : en demandant si leur cage approximative ne serrait pas une œuvre d’art, l’artiste accentue de caractère burlesque qui encadre son propre travail.

Si en France il y a autant d’entraîneurs que d’habitants, les artistes apportent leur grain de sel ! En travaillant sur ces thèmes, ils montrent la passion qui anime les milieux du sport, allant parfois jusqu’à relater les faits violents. Mais loin d’en faire uniquement la critique, des artistes comme Adel Abdessemed et Michael J. Browne illustrent aussi la ferveur populaire qui soulève les masses et qui participe au spectacle que les joueurs professionnels offrent.

Alicia Martins.

Cliquez pour voir plus loin : Dossier pédagogique Design & Foot. Un enjeu collectif , 21 avril au 18 septembre 2011 Commissariat : les Sismo Production : Cité du design.

1-Je suis Innocent, présentée du 3 octobre au 7 janvier 2013, CGP

2-En 1996, Manchester United remportait la FA Cup contre Liverpool, sur un but de Cantona.

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