Jean-Michel Othoniel, le baroque contemporain

De Murakami ou Jeff Koons à Versailles, ou encore Jan Fabre au Louvre, l’art contemporain exposé avec l’art ancien est associé au scandale.

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Balloon Dog, Jeff Koons, 2000 Crédit photo : The Guardian, 2008

Et si l’art contemporain reprend les codes de l’ancien ?

Cela donne par exemple les énormes structures faites de perles par Jean-Michel Othoniel (né en 1964) dans l’espace public depuis 2000. Regarder l’œuvre d’Othoniel aujourd’hui, c’est être face à d’énormes bijoux, des colliers de perles à taille de ville. Ces œuvres monumentales sont faites d’un matériau précieux et prestigieux : le verre soufflé de Murano. Avec cette technique qui remonte au XIIIè siècle, l’artiste fait le choix de la tradition et de l’artisanat.

Mais loin de s’arrêter à la tradition, Jean-Michel Othoniel propose au spectateur un parcours initiatique et poétique, mêlant art sacré et vie contemporaine.

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Le kiosque des Noctambules, arrêt de Métro Palais-Royal- Musée du Louvre, Place Colette, Paris, 2000. Crédit photo : Galerie Perrotin, Paris.

On retrouve tous ces aspects à Lyon, dans le Belvédère créé en 2013 dans le cadre de l’aménagement des rives de Saône.

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Le Belvédère, Lyon, 2013. Crédit photo : ©Item Corporate

Comme souvent chez Othoniel, il s’agit d’une structure en acier bosselé, dans laquelle est incluse une centaine de perles de verre de murano, de différentes couleurs. Chacune d’elle fait entre 5 et 7 kilos, pour une vingtaine d’heure de travail. Par cette création, Othoniel met en valeur un artisanat traditionnel et séduit le regardeur par l’aspect précieux des éléments utilisés. Le verre de Murano, en plus d’être connu et reconnu, offre un aspect sacré à l’ensemble. Le verre attire aussi le regard pour son aspect fragile, qui intéresse beaucoup l’artiste : on peut le briser, et il montre une matière à un moment donné de sa transformation.

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Le Belvédère, détail. Lyon, 2013. Crédit photo : Céline Giraud

Le belvédère comme aménagement symbolique

Mais ce travail va au-delà de la simple présentation d’immenses bijoux en verre précieux. Dans le Belvédère de Lyon, les arches de perles remplacent le toit habituellement présent, et se transforment en abri symbolique pour les promeneurs. Et Othoniel offre toujours au spectateur des éléments de réflexion, pour lui permettre de se réapproprier l’œuvre.

Les couleurs choisies pour les perles, par exemple, peuvent ouvrir sur de nombreuses pistes de réflexion. Les perles transparentes font écho à la présence de l’eau, et permettent une grande réfraction de la lumière. Quant aux perles rouges et bleues, elles peuvent rappeler le soleil et lalune, la nuit et le jour. Mais ces trois couleurs peuvent aussi rejoindre la symbolique religieusede la trinité avec le Père (le blanc), le fils (le bleu) et le Saint-Esprit (le rouge). Le verre coloré traversé par la lumière peut d’ailleurs aussi rappeler les vitraux d’une église. Chez Jean-Michel Othoniel, rien ne nous est imposé, et on peut tout simplement choisir l’histoire et la symbolique que l’on souhaite. Mais l’artiste choisit aussi toujours une mythologie, une part poétique, avec laquelle il interagit pour créer : ici, le belvédère semble flotter au dessus de l’eau, rappelant l’histoire d’une île voisine, qui aurait abrité des druides aux pratiques magiques mystérieuses avant le Ve siècle… Il a d’ailleurs également conçu des lanternes qui éclairent l’île Barbe la nuit, et répondent au Belvédère de façon poétique.

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Les lanternes de l’île Barbe, Lyon, 2013. Crédit photo : Céline Giraud

Mais au delà de son sens, l’aspect d’une œuvre contemporaine compte énormément aux yeux du public. Même si le travail d’Othoniel ne plaît pas à tout le monde, la beauté des perles de Murano est difficile à nier. Contrairement à beaucoup d’artistes, Jean-Michel Othoniel accorde une très grande importance au beau, et souhaite avant tout faire plaisir à ses spectateurs en« réenchantant leur vie », dans « un acte poétique et politique ».

Par ces différents aspects, les œuvres d’Othoniel rejoignent différentes branches de l’art traditionnel. Le lien avec l’ancien est d’ailleurs souvent perçu par les spectateurs, qui parlent d’un aspect « baroque » : ce n’est peut-être pas un hasard, puisque le terme désignait au départ les perles « irrégulières » ! Mais elles ne seraient rien sans la structure en acier qui les maintient et complète, et participe à l’harmonie du mélange entre ancien et contemporain qui fait l’originalité de ces créations.

Le travail de Jean-Michel Othoniel, en reprenant certains codes à l’art ancien, semble donc pouvoir être accepté au cœur de l’historique. Et c’est précisément dans le Versailles des dorures et des palais qu’a été inclus son travail en 2015, sans soulever de protestations ! Il ne s’agissait pas de la première intégration de l’artiste dans des lieux historiques, et ce ne sera probablement pas la dernière non plus.

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Les Belles Danses, Parc du Château de Versailles, 2015. Crédit photo : Jean-Michel Othoniel.

Céline Giraud

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