L’Homme Assis de Modigliani : Le retour d’une oeuvre spoliée en 1944 ?

Ces derniers jours, l’actualité de l’art a été marquée par l’affaire des « Panama Papers« . Pour rappel, il s’agit de la révélation de 11 millions de fichiers donnant le nom de personnes qui ont caché des sommes d’argent exorbitantes, par le montage de sociétés offshore.

Et l’art n’a pas été épargné, car sous ses beaux atours il permet le brassage de fortunes colossales. Parmi les personnalités épinglées, la petite fille de Picasso, ou encore le collectionneur monégasque dont on entend beaucoup parler, David Nahmad. Si ce dernier essuie un tapage médiatique si grand, c’est parce qu’il est question d’un tableau dont l’histoire remonte à la Seconde Guerre mondiale, et qui aurait été volé !

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Amedeo Modigliani, L’Homme Assis (appuyé sur une canne), 1918 Huile sur toile, 126,03 × 74,93 cm, © Sotheby’s

Le parcours de l’oeuvre

Réalisé par le peintre italien Amedeo Modigliani (1884-1920) en 1918, L’Homme Assis (appuyé sur une canne) est estimé aujourd’hui à plus de 20 millions d’euros. Au départ, l’œuvre appartient à un marchand d’art juif, Oscar Stettiner. Dès le début de la Guerre, il doit quitter Paris pour se réfugier en Dordogne, et ne peut rien faire lorsque ses tableaux sont vendus par unadministrateur provisoire en 1944.

C’est un américain qui achète le tableau pour une somme dérisoire, avant de le revendre à un officier, américain également, dont il déclare ne pas connaître le nom. Dès lors, on perd la trace de la toile, qui ne réapparaît qu’en 1996 ! Elle est alors achetée aux enchères par une petite société du Panama. Vous commencez à saisir ? Par la suite, l’œuvre est présentée dans les galeries d’art qui appartiennent à la famille Nahmad. Or, depuis 5 ans maintenant, un agriculteur français, petit-fils du marchand juif Stettiner, réclame qu’on lui restitue l’œuvre volée à son grand-père. Et les Nahmad ont déclaré à plusieurs reprises ne pas posséder le tableau !

Techniquement, L’Homme Assis (appuyé sur une canne) appartient bel et bien à la petite société qui a acquis l’œuvre en 1996. Mais les « Panama Papers » viennent de révéler que cette même société appartient justement à… David Nahmad.

Doit-il rendre le tableau à notre agriculteur ? Quoi qu’il en soit, les choses devraient être réglées rapidement par la justice, car les autorités suisses ont procédé vendredi à une perquisition dans les ports francs de Genève, où est conservée l’œuvre. Mais d’ailleurs, à quoi ressemble ce tableau qui fait tapage  ?

Ce que représente le tableau

Au premier regard, on reconnait le style qui a rendu l’artiste célèbre, malgré quelques différences : c’est un habitué des portraits au visage ovale, au long cou et aux yeux opaques.

C’est le genre du portrait en général qui lui plaisait, et la représentation des visages en particulier. Le but de Modigliani était d’effacer les éléments superflus dans ses représentations, pour ne montrer que les aspects abstraits de la beauté. Ici, on retrouve plusieurs aspects typiques du travail de Modigliani, avec l’ovale du visage légèrement penché, et le travail des yeux. De même, l’accent est mis sur le visage du sujet, simplifié mais représenté avec précision. On le voit bien, les lignes et les formes sont essentielles dans sa peinture, qui est très liée à sa pratique de la sculpture en compagnie de Brancusi.

On remarque un très fort contraste dans la technique utilisée entre cette partie de la toile et le reste du dessin, qui met en avant le visage. Chaque contour y est tracé finement et nettement, pour le visage et pour quelques détails de la tenue, comme le chapeau et la cravate. On sait qu’il était essentiel pour Modigliani de connaître son modèle, afin de pouvoir le représenter d’un point de vue personnel et dans le respect de sa personnalité. On peut donc penser que ces deux éléments de la tenue l’avaient particulièrement marqué, et lui semblaient définir le caractère du personnage tout autant que son visage. A l’inverse, des éléments qui auraient pu être essentiels ne sont que peu détaillés ou visibles, comme les mains, la canne ou la pipe, ainsi que le fond.

Mais d’ailleurs, de qui s’agit-il ? Est-ce un commanditaire privé ou plus simplement un ami de l’artiste ? Il semble que ce soit une commande, puisqu’il s’agit probablement du célèbre chocolatier Georges Menier, reconnaissable justement par son chapeau, sa cravate et sa canne.

Céline Giraud

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