Tadashi Kawamata, des cabanes dans les arbres.

En ces périodes un peu froides et troublantes, certains ressentiront l’envie de trouver des choses qui rassurent et amusent. Si vous n’avez pas d’idées, eh bien Tadashi Kawamata aurait peut-être quelque chose à vous proposer ! Un refuge haut perché, presque inaccessible.

Tree hutt, Kawamata
Tree huts, Tadashi Kawamata, (Crédit photo : FIAC)

La récupération face à la nature :

Solidement installées dans les arbres, ses Cabanes épousent les formes végétales dans un contraste fort : elles n’ont rien de naturel et tranchent résolument avec ce qui les entoure. Les matériaux ont un aspect vieilli puisqu’ils sont issus de la récupération. Ils portent le symbole de l’habitat précaire mais ont aussi l’avantage d’être peu onéreux et à disposition de tous. Certains y verront une critique de la société de consommation qui gaspille inutilement, d’autres que l’artiste se préoccupe de questions environnementales. Kawamata, quant à lui, dit se dégager de ces idées. Reste alors la notion d’abris pour l’humain. En effet, qui a besoin d’un abris ? Pourquoi en avons-nous besoin ? Quelles en sont nos utilisations ?

tree huts, kawamata
« Tree Huts » (2008), © Tadashi Kawamata-Kamel Mennour/Photo Marc Domage

Pour sa première exposition à la galerie de Kamel Mennour, l’artiste crée des huttes qui ressemblent à des essaims ou à des nids d’hirondelles. Il les décrit comme un lieu confiné – imaginaire puisque destiné aux lilliputiens – dans lequel nous pouvons nous abriter des intempéries et des gens. Il est alors nécessaire de les décoller de sol pour plus d’efficacité. À l’image de Peter Pan ou de Tarzan, nous avons alors envie de titiller les hauts sommets ! Malheureusement, cette envie est aussitôt remplacée par la frustration : il est impossible pour le spectateur d’y grimper physiquement – en tout cas l’artiste ne nous y invite pas. Le refuge deviendrait alors mental, filant la métaphore de l’élévation spirituelle permettant d’échapper quelques instants à l’agitation terrestre. Kawamata nous inviterait donc à prendre du recul sur ce qui nous entoure pour mieux critiquer notre environnement.

Cette hauteur confère également une sorte de légèreté à la construction bien que les matériaux soient superposés lourdement. On en vient même à questionner la stabilité de la cabane.

Kawamata, cathédrale de chaises
Cathédrale de chaises, 2007. Oeuvre in situ. Vue de l’installation, «L’Emprise du Lieu», Expérience Pommery # 4, Domaine Pommery, Reims © Tadashi Kawamata Photo Andreas Pluskota Courtesy the artist and kamel mennour, Paris.

Les huttes épousent si bien les formes naturelles qu’on ne les repère plus. Pour les voir il faut alors se confier à d’autres sens comme l’ouïe. Dans le cas de la Cabane des quais de Saône à Lyon, le bois aggloméré vient s’appuyer contre celui plus tendre de l’arbre, le faisant légèrement grincer au rythme du vent.

Cabane, Kawamata
La cabane de Tadashi Kawamata sur la promenade des guinguettes de Rochetaillée-sur-Saône, © G. Bruge

Répondant souvent à des commandes publiques, les Cabanes de Kawamata peuvent être étudiées sous une perspective dichotomique : espace public appartenant à tous/espace refuge appartenant à un petit groupe. Si, a priori, ces deux aspects se confrontent et s’opposent, Kawamata les fait dialoguer.

Le Refuge pour s’extraire du tumulte :

Alors qu’est-ce qu’un refuge ? En premier, c’est un « lieu où l’on peut se mettre en sécurité », ce que nous apprend Vendredi durant sa première nuit sur sa plage. Dans le film de François Ozon, Refuge, le personnage de Nanou décide de se retirer en Espagne, loin de la société parisienne, après avoir appris qu’elle était enceinte de son compagnon mort d’une overdose. Cette annonce la force à trouver un refuge lui permettant de fuir une réalité blessante. L’autre élément semblable chez Ozon et Kawamata est le fait de ne jamais montrer le refuge dans son ensemble mais seulement par plans, comme si les espaces devaient être confinés, étroits, bas et peu lumineux. Alors, est-ce en cela que réside la notion d’intimité ? Est-ce que Kawamata nous demande d’imaginer d’avantage la sensation que de la vivre ?

Si ces lieux ne sont pas destinés à être habités ou squattés, ils nous obligent à repenser nos propres constructions sociales. En nous empêchant d’entrer dans ses Tree Hutsd’ailleurs ce n’est pas de l’architecture, l’artiste n’a pas l’intention de nous construire une maison –, Kawamata propose d’imaginer leur intérieur et le panorama qu’elles offrent.

Placées au milieu de la ville et des constructions en pierre ou en fer, ces cabanes sont remarquables, si bien qu’elles pourraient en devenir provocantes pour l’œil. Elles demanderaient presque un dialogue avec l’histoire de l’architecture.

Alicia Martins.


Cliquez pour voir plus loin : le site de l’artiste ici et le projet des rives de Saône, ici.

 

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