Et l’homme marcha sur l’eau

Un peu plus tôt, on revenait sur les manières dont les artistes avaient utilisé les fontaines et comment, à partir de ces dernières, ils avaient réalisé des jeux ludiques. Pol Bury et Niki de Saint Phalle domptaient l’eau pour en faire un matériau nouveau, à la fois sonore et ludique. Et jusqu’au 3 juillet, il avait été possible de marcher sur elle grâce à Christo, l’artiste qui emballe !

Nommé Floating Piers (pontons flottants), le travail de l’artiste consistait en un assemblage de 200.000 cubes de polyéthylène – entièrement recyclables – fixés par 200.000 visses géantes. Ils reliaient deux îles, Monte Isola et San Paolo au petit village côtier de Sulzano, dans la province de Brescia.

L’idée de ce projet est venue en 1970 et fut pensée avec sa femme Jeanne-Claude (Christo et Jeanne-Claude, ce duo vous dit vaguement quelque chose ? Ils sont connus pour avoir emballé le Reichtag et le Pont Neuf).

Si tout d’abord le couple voulait installer son ponton dans le delta de Rio de la Plata, les moyens techniques l’ont empêché puisqu’il aurait été impossible de le faire flotter. En 1997, cette idée de travail les séduit toujours et ils tentent donc de la réaliser dans la Baie de Tokyo. Mais cette fois-ci, ce sont les autorités locales qui leur mettent des bâtons dans les roues. Jeanne-Claude perd alors patience et abandonne totalement ce projet artistique. Ce n’est qu’en 2014 que Christo se donne les moyens pour le faire. Malheureusement, sa femme n’aura pas la chance de le voir puisqu’elle décède en 2009.

De multiples raisons l’ont amené à choisir le lac d’Iseo : topographique, géographique, esthétique et probablement affective. En effet, si Christo s’est arrêté sur l’Italie c’est parce qu’il y avait travaillé plusieurs fois avec sa femme et qu’il espérait, ainsi, se procurer les autorisations facilement. De plus, entouré de montagne, le lac offre différents points de vue de l’installation mais aussi aux visiteurs, multipliant les expériences artistiquesChristo s’en émerveillait d’ailleurs :

« Les gens viennent de partout pour marcher vers nulle part. Pas pour faire du shopping, pas pour rencontrer des amis. Ils ne font que marcher, vers nulle part ».

Parce qu’il s’agissait bien de cela : tel un Jésus profane, marcher sur l’eau ! Avoir la sensation de s’enfoncer puis, finalement, flotter grâce aux bouées remplies d’air. Et de là, au milieu du lac, profiter du paysage environnant, sous la nouvelle perspective qu’offre le ponton. La couleur orange ne dérange d’ailleurs pas l’œil, et réussit même son mariage esthétique avec la végétation verdoyante.

Mais alors que Christo promettait une expérience magique à chacun des promeneurs, le revers de la médaille s’est révélé être un (petit) désenchantement. En effet, l’installation est rapidement devenue l’attraction du coin : selon la préfecture, en moyenne 100.000 personnes par jour s’y bousculaient, atteignant des pics à 120.000 le week-end. Les navettes étaient donc limitées afin que les files d’attente ne s’allongent pas sur la rive. Autant dire qu’il fallait prendre son mal en patience ! D’ailleurs, un poste médical avancé a été installé le quatrième jour, traitant principalement les malaises liés à la chaleur.
Comme la plupart des travaux publics de Christo, Floating Piers était gratuit et ouvert la journée ainsi que la nuit. Du moins, normalement. En effet, au bout de quelques jours, la préfecture a été obligée de bloquer les entrées de minuit jusqu’à six heures, afin de nettoyer Monte Isola et d’assurer la manufacture des pontons. Une plainte a aussi été déposée par Codacons, auprès de l’organisme de contrôle des dépenses publiques de la région Lombardie (nord), qui jugeait que le coût total avait était mal jaugé. Si le projet, estimé à 15 millions d’euros, fut financé uniquement par la vente de dessins et de maquettes préparatoires, les frais de nettoyage causés par les flux touristiques et par la sécurité du public, n’ont pas entièrement été pris en compte. Toujours selon Codacons, ces dépenses risquent même de dépasser largement les retombées économiques.

Si Floating Piers fait partie des installations les plus impressionnantes de Christo, autant par le gigantisme que par l’expérience, on s’aperçoit que les techniques artistiques ne font pas tout et que les moyens logistiques restent, forcément, une question primordiale pour le confort desvisiteurs. Toujours est-il que l’installation est à la hauteur des ambitions de l’artiste et que cet engouement ne fait que le confirmer !

Alicia Martins.

Cliquez pour voir plus loin : Site des artistes expliquant le projet Floating Piers et Interview en anglais de Christo.


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