Vivian Maier : l’inconnue photographe de rue

Vivian Maier, autoportrait non daté

Décédée en 2009, cette photographe amateur américaine a été découverte peu après sa mort. C’est par un hasard total qu’il est aujourd’hui possible de vous en parler : personne ne connaissait son nom il y’a 10 ans !

Une inconnue à l’honneur

Gouvernante dans des familles américaines durant 50 ans, Vivian Maier pratique la photographie pendant tout son temps libre. A la fin de sa vie, elle tombe malade et se retrouve forcée de vendre ses biens aux enchères pour régler des frais médicaux. Un agent immobilier, qui était à la recherche de clichés de Chicago, achète une grosse partie des clichés pour 380$ seulement. Il est déçu car ce sont des clichés de New York : il commence à poster les tirages sur internet, car il les trouve jolis mais ne sait pas qu’en faire. C’est là qu’un professeur d’histoire de l’art lui fait remarquer la grande qualité des photographies qu’il détient. Il prend soudain conscience de l’importance du travail de Vivian Maier, et cherche à en apprendre plus sur elle. Malheureusement, elle vient juste de décéder.

John Maloof, le jeune agent immobilier, entreprend alors d’écrire un ouvrage sur Vivian Maier et ses photographies. Il souhaite la « faire entrer dans les livres d’histoire de la photographie ». Et il ne s’agit pas d’une mince affaire, car si ce travail intéresse beaucoup de collectionneurs et d’amateurs, ce n’est pas encore le cas des grandes institutions et musées : il y’a très peu de clichés dits « originaux », tirés sur papier à l’époque de leur prise de vue. Et donc très peu de photographies à faire rentrer dans les collections.

La collection aux 120 000 négatifs

Lorsqu’on regarde les photographies prises par Vivian Maier, on ressent un plaisir presque coupable car on suppose qu’elle n’a jamais montré ces clichés à personne. Et pour cause, elle n’avait elle-même jamais pu voir la majorité de ses images sur papier. Il faut dire que le tirage de 120 000 négatifs aurait été hors de prix pour une gouvernante ! Une des particularités de Vivian Maier tient à son extrême discrétion. Elle n’a jamais tenté de tirer un revenu de ses photographies, et en parlait peu.

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Ses photographies montrent un regard très personnel sur les choses qui l’entouraient : elle photographiait probablement uniquement pour elle-même. Il est donc d’autant plus intéressant de remarquer le type de sujets qu’elle choisissait d’enregistrer. Souvent, elle nous montre l’anodin, le quotidien, et des inconnus : un enfant qui pleure, un couple enlacé, des gens attablés ou encore en train de marcher.

On remarque aussi qu’elle aimait photographier les quartiers défavorisés, et qu’elle choisissait très souvent de montrer tous les types de personnes présents. On peut ainsi voir tout autant de travailleurs en pause déjeuner, que de familles, ou, plus original, de personnes qui vivaient dans la rue. La simplicité des prises de vue et l’absence de prétention donne une grande force visuelle à ces images.

Des autoportraits pour mieux la connaître ?

En sachant cela, comment ne pas être intrigué par les très nombreux autoportraits photographiques qu’elle a enregistrés ? Peuvent-ils nous aider à comprendre qui était cette femme, passionnée de photographie mais si humble dans sa pratique? En photographie, elle ne semble jamais esquisser un ressenti ou un sentiment. On ne la voit presque jamais sourire, ni montrer de gestes d’affection envers quelqu’un, même avec les enfants qu’elle garde. De même, le fait que son appareil ait disposé d’un objectif tenu à la main au niveau du ventre, fait que son regard n’est jamais dirigé vers le regardeur de la photographie : elle se montre, mais en détournant le regard.

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On remarque qu’elle se met fréquemment en scène, en se prenant en photographie de manière totalement détournée. On doit parfois la chercher, avant de comprendre le fonctionnement de l’image. Elle s’intègre discrètement dans la vie quotidienne de la ville. Mais photographiait-elle seulement pour le plaisir ? Comme Vivian Maier n’a jamais montré ces images, notre regard est-il légitime ? Ces photographies appartiennent-elles à la sphère du privé ? Et de même, demandait-elle à ses sujets de poser, ou les photographiait-elle sur le vif ?

Tout en espérant qu’il sera possible d’obtenir la réponse à certaines de ces questions, nous pouvons énoncer une affirmation : Vivian Maier était une photographe de grand talent, considérée amateure parce qu’anonyme. La richesse du fonds Vivian Maier est telle qu’à travers ces 120 000 clichés, son regard a traversé 50 années de vie populaire new yorkaise. Et il ne fait aucun doute que sa capacité à donner de la force au quotidien et au particulier saura être reconnue par l’histoire de la photographie !

Céline Giraud

Pour l’ensemble des photographies présentées dans cet article : tirages tardifs, dimensions et datation généralement inconnus. Copyright Maalouf Collection.


Pour aller plus loin, si vous comprenez l’anglais, allez voir ici le documentaire « Finding Vivian Maier », qui retrace toute la démarche de John Maloof. Il est également possible de le trouver en français à l’achat.

Allez également jeter un œil aux sites internet alimentés régulièrement par John Maloof, au fur et à mesure de ses découvertes dans les cartons d’archives :http://vivianmaier.blogspot.fr et http://www.vivianmaier.com/.

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